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 Lettre ouverte sur notre sport

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PG

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MessageSujet: Lettre ouverte sur notre sport   Ven 6 Mai 2016 - 9:09

Voici une reflexion que je trouve très pertinente de Christophe Dubois, responsable de Flying Paradise intitulée :
L’énorme malentendu du parapente
Nous sommes tellement habitués à la situation dans laquelle nous nous sommes retrouvés progressivement que nous n’arrivons pas à en voir l’absurdité.
Quelle situation ? Le fait que le parapente est un sport qui pourrait être pratiqué en sécurité avec quelques incidents par an alors qu’il y a une centaine d’accidents graves chaque année –je parle de décès et de paralysie.
Sur 100 accidents combien sont causés par une malchance réelle ? Deux ou trois ?
Les 97 restants sont causés par une erreur du pilote, depuis le choix de son aile et du site, à l’analyse des conditions météo en passant par le pilotage et la prise de décision.
Pourquoi ?
De nombreux articles ont été écrits sur le sujet en suggérant le manque de prudence, d’expérience, de technique, etc. Mais une solution n’est toujours pas apparue.
Nous nous retrouvons au même point, avec un sport où cela ne choque plus personne de voir un hélicoptère arriver sur un site pour récupérer un pilote et où chacun a dans ses relations un pilote qui a de la ferraille dans les vertèbres ou qui a eu un accident récemment.
J’en ai assez de voir les gens faire l’autruche en ignorant systématiquement l’évidence. J’en ai assez de voir des gens arriver avec le sourire et repartirent en ambulance parce qu’ils pensaient que le parapente c’était comme la planche à voile.
Si l’on veut vraiment sauver des vies, diminuer radicalement le nombre d’accidents et, en passant, sauver le parapente, dont le nombre de licenciés diminue chaque année, il faut vraiment faire quelque chose.
Cela fait 28 ans que je vole et 15 que je dirige un centre de parapente recevant des pilotes de plusieurs pays et de tous niveaux.
Je pratique d’autres sports aériens dans plusieurs pays, ce qui je pense m’aide à avoir du recul sur notre sport. Cela fait pas mal de temps que j’ai réalisé une évidence :
Il est 4 fois plus difficile pour un pilote de parapente de voler en sécurité que pour un pilote d’avion, alors qu’en apparence c’est le contraire.
Pourquoi ?
La plupart des problèmes du parapente sont dus au fait que c’est un sport très accessible sans limitation naturelle ni légale.
L’escalade par exemple qui est un sport aussi libre que le parapente s’autolimite par le fait que vous ne pouvez pas physiquement partir dans une voie engagée si vous n’avez pas le niveau.
De plus, l’escalade contrairement au parapente donne constamment un sentiment d’engagement et de danger de par la difficulté et la proximité avec la paroi, alors qu’en parapente passé les 50 vols, pratiquement plus personne n’a peur.
Pas de limitation légale non plus comme celle que vous avez si vous voulez piloter un avion ou faire du parachutisme.
Le responsable d’un club de parachutisme va avant de vous laisser sauter, vérifier votre licence, votre assurance, votre carnet de sauts et tout votre matériel.
Alors qu’en parapente, après un stage de 5 jours, vous pouvez acheter votre matos et aller voler, personne ne vous demandera rien !
Dans de bonnes conditions sur un site facile, le parapente est extrêmement simple.
On arrive avec un sac d’une quinzaine de kg et 15 minutes après on est à 1000 mètres au-dessus de la vallée. Magique, non ? Pas si simple, malheureusement.
Le parapente, beaucoup l’oublie, a des points faibles, c’est entre autre l’engin qui a la plus faible plage de vitesse de tous les aéronefs existants. De 25 a 38 km/h pour une aile standard, soit 13 km/h, 20 avec l’accélérateur (quand il y en a un et qu’il est bien réglé).
Excuser moi, vous avez dit 20 km/h ?
A l’échelle des variation de la météo, de l’aérologie et autres effets Venturi, vous ne trouvez pas que c’est un peu faible ?
Juste derrière nous se trouve le delta avec une plage de vitesse de 60 km/h, 3 fois celle d’un parapente et 90 km/h de vitesse max, le double d’un parapente!
-Et où volons nous la plupart du temps ? Près du relief générateur de turbulences.
Ça ne serait pas un peu pointu finalement comme sport ?
Si on compare avec l’avion, il se pose et décolle sur des terrains de dimensions standardisées se trouvant dans des vallées dégagées. Il a une plage de vitesse encore supérieure au delta, un moteur pour refaire son approche si nécessaire et il vole rarement près du relief.
Cela ne veut pas dire que l’on doit interdire le parapente, mais il faudrait peut-être l’aborder et le présenter comme un sport technique et potentiellement dangereux, ayant des marges de manœuvre (donc des marges de sécurité) très faibles.
Offrir un formation sérieuse et complete avec par exemple après le brevet (qui va forcément devenir obligatoire dans les années à venir), une obligation de voler encadré pendant une centaine de vols, soit par un moniteur organisant des sorties ou par un pilote expérimenté qui aurait suivi une formation d’accompagnateur (à créer).
Il serait alors facile à un pilote débutant de passer un coup de fil avant d’aller voler pour s’assurer de la présence de l’un d’eux sur le site, encore plus facile s’il vole en club car il y en aurait quelques uns parmi les membres.
Cette progression est effectuée naturellement par 40% des pilotes tandis que d’autres après leur formation se retrouvent parfois à 14 heures seul sur un déco (qui peut s’appeler St’André des Alpes!) et voyant des pilotes en l’air se disent que c’est bon !
Ce ne serait pas de l’école, cela ne s’appellerait pas stage, mais permettrait aux débutants de découvrir tranquillement la complexité du parapente, avec quelqu’un qui vérifierait les conditions, donnerait quelques conseils par radio et après le vol répondrait aux questions.
Ce qui est exactement le boulot que des centres comme le mien font, directement ou en coopération avec des écoles !
La pratique du sport en France est généralement très axée sur la performance. On oublie qu’il y a d’autres facteurs importants.
Peu d’écoles de vol à ma connaissance tiennent compte sérieusement dans leur enseignement des facteurs psychologiques.
Cela fait 6 ans que je les inclus dans la formation de mes élèves : gestion du stress, gestion et analyse de l’excès de confiance, préparation par la sophrologie.
Un pilote, par exemple qui n’a pas volé depuis 6 mois et qui arrive sur un nouveau site, va en général mettre 20 minutes à se préparer en effectuant plusieurs vérifications. Par contre, après 15 jours sur le même site, il décollera en 5 minutes souvent sans faire de prévol.
Le premier plus stressé, aura ses capacités de réaction diminuées, alors que le second sera immédiatement efficace, MAIS se mettra plus facilement en situation de danger.
La première cause d’accidents se situe à la prise de décision de décoller.
Il est très facile quand vous êtes assis à une terrasse de discuter de décisions et de dire : moi, s’il y a plus de 25km/h sur tel décollage, je ne me mets pas en l’air, ou sur tel site si le vent vient de l’ouest je ne vole pas. Par contre, observez les mêmes personnes sur les décos en question avec les conditions décrites, ils auront les yeux scotchés sur les pilotes qui sont en l’air (qui ont peut-être décollé quand c’était bon) tout en jetant leur voile sur le déco…
Nous y sommes tous sensibles. On décide parfois de décoller parce qu’il y a des copains en l’air, parce qu’il ya une jolie fille ou simplement parce que l’on a sacrement envie de voler.
Nous devons l’admettre pour l’anticiper : en arrivant sur un site, avec des cumulus ou des pilotes en l’air, notre cerveau rétrécit à la taille d’une noisette.
Quant aux autres points faibles que je remarque chez les pilotes passant en Grèce, je dirais : leur incapacité à connaître leur position exacte relatif au relief et dans la masse d’air et d’anticiper les effets du déplacement de cette masse d’air (vent).
La plupart des pilotes gardent les yeux fixés sur un point du relief pour savoir où ils sont alors que ce n’est que par triangulation que l’on peut se positionner sérieusement (utilisation de deux points très écartés formant un triangle avec soi-même).
J’enseigne à mes élèves en stage de perfectionnement à constamment analyser leur dérive (en observant leur ombre entre autre), de laquelle ils doivent déduirent la direction du vent et sa force, pour ensuite en analyser toutes les conséquences : je ne peux pas passer derrière tel relief ou rejoindre tel atterro, par contre vers l’ouest c’est tout bon…
Pour limiter les accidents et redorer l’image du parapente, je pense que l’on n’a pas d’autre choix que la réglementation.
Beaucoup vont faire des bonds en criant à l’atteinte à la liberté du vol libre. Mais où sera-t-elle quand les pouvoirs publics, fatigués des conneries faites par des pilotes inconscients, se décideront à nous réglementer ?
Ce n’est pas parce que la réglementation de certains pays n’a pas solutionné grand chose, qu’il faut refuser toutes les réglementations. N’oubliez pas que nous vivons dans une société dans laquelle nous sommes habitués à être réglementés.
Que ce soit pour conduire une voiture ou pour pêcher à la ligne, pratiquement toutes les activités humaines sont contrôlées.
Bien sûr je connais beaucoup de pilotes responsables s’autogérant parfaitement qui n’en ont nullement besoin, mais regardez un site fréquenté et demandez-vous combien en font partie ?
Si on ne réglemente pas, ce sont les pilotes consciencieux et prudents qui prennent soin des sites qui seront pénalisés.
Beaucoup d’accidents arrivent à des pilotes désireux de voler en sécurité, mais la progression actuelle d’un élève sortant d’école n’est pas à même de leur offrir cela. Le message que reçoit un élève qui a fait 2 stages et qui a son matos est la plupart du temps : distance et performance ou débrouille-toi.
Pour résoudre ça, je ne vois qu’une solution : avoir des responsables de sites appointés par la Ffvl, (ou la commune ou les deux) qui passeraient sur les sites de temps à autre.
Ils se présenteraient et vous demanderaient votre brevet de pilote, assurance, votre carnet de vol pour voir si vous avez volé dans les 6 derniers mois, et si ce n’est pas le cas, il vous suffirait, d’effectuer une demi-journée de pente école, de faire valider votre carnet par un moniteur ou un responsable de club.
Un brevet, 100 vols encadrés pour le valider, une assurance et une demi-journée de pente école si l’on n’a pas volé depuis 6 mois : est-ce vraiment beaucoup demandé pour sauver des vies et réhabiliter le parapente ?
Bons vols à tous
Christophe Dubois
Moniteur fédéral
Directeur de Flying Paradise depuis 1994.
Deltiste, parapentiste, parachutiste, base jumper.
Pilote d’avion et D’Ulm
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